te rassure visuellement. Elle a encore des cheveux. Elle est encore plus maigre qu'au naturel, mais t'accueille avec rires et sourires.

Si elle ne t'avait pas prévenue au téléphone, tu ne saurais pas.

Elle a repris le travail, en partie pour ne pas laisser tomber les collègues pour la préparation de la rentrée, et en partie pour ne pas tourner en rond chez elle.

Elle te redit ce que tu savais déjà, mais qu'elle ne se souvient plus t'avoir confié. Que la détection était trop tardive et que les cellules avaient percé la paroi, que la chimio est inopérante, que les échéances sont en semaines ou en mois, suivant les "spécialistes".

Elle parle, et parle. De la rentrée, où elle sera là ou pas. De son fils, de sa fille. Elle rit.

Elle dit qu'elle va mourir. Elle explique la chimio portative, les places qu'elle a plaisir à prendre en priorité dans les transports en commun, les effets secondaires bizarres comme des décharges électriques au bout des doigts.

Elle dit qu'elle est foutue.

Elle va relancer le spécialiste qui veut tenter une greffe du foie.

Elle parle, des apéros volés sur le traitement, des vacances qui arrivent.

Elle veut essayer un traitement expérimental.

Elle sourit. Elle rit.