bon, tout d'abord, tu ne l'as pas remarquée. Elle est du genre fille de la marge, entre deux galères, entre deux trains, entre deux stages, entre deux bandes, entre deux pièces, entre deux tickets resto.

Elle a probablement les cheveux rasés sur les côtés, et les dreadlocks tenus en haut par un foulard noué. Elle a probablement un pantalon trop vaste, ou un pantalon de treillis. Elle porte des couleurs pâles, et peut être des taches sur ses vêtements.

Elle est sur la plateforme entre deux trains. Sans doute pas de billet, pense-tu. Ou pas de place à elle, comme toujours.

Quand la porte glissante du wagon s'ouvre, tu entends soudain une dispute. Quelqu'un reproche à la jeune femme de ne pas avoir laissé la place, et de ne pas avoir tenu... quelque chose.

De l'autre côté du couloir, il y a un type énervant. Une veste noire avec un col m'as-tu-vu. Une chemise avec le col ostensiblement ouvert. Des cheveux savamment ébouriffés. L'artiste qui se la joue. Il relit une partition de son instrument, puis la range.

La jeune femme possède un très gros chien bonnasse. Il se laisse tomber lourdement le long de la porte glissante, pour s'allonger.

Plus tard, il se lève. Alors qu'il regarde à travers la porte glissante, il se retourne, en souriant. Tu le vois prendre son smartphone, et prendre plusieurs photos de la plateforme, en douce, via les vitres de la porte glissante.

Quand tu descends à la gare, tu vois que la jeune femme continue son périple plus loin. Elle retient en les engueulant, non pas un, mais deux chiens. Le plus gros que tu avais vu, et un autre. Les deux adoreraient filer du wagon et sauter sur le quai. Elle les retient à grands renforts d'imprécations et de mouvements de bras.

A l'opposée de la porte par laquelle du descends du train, sur la plateforme, elle a posé une grand valise au sol. La valise est ouverte et le couvercle est posé contre la porte qui est restée fermée.

Dans la valise, sur les vêtements, tu vois que six ou huit chiots grouillent.